Cami collages

collages, photographie alternative et vannerie

Démarche

Je m’appelle Camillia et je suis une artiste visuelle émergente qui se spécialise en procédés photographiques alternatifs (cyanotypes, anthotypes) et en collage. J’ai habité plusieurs endroits (Montréal, Gaspé, Québec) avant de décider de poser mes pénates dans la Baie-des-Chaleurs, en Gaspésie. J’ai entamé une pratique artistique au sortir de la pandémie, vers 2021, mais c’est seulement en 2023 que j’ai choisi de diffuser mes oeuvres et d’approfondir ma démarche.

Forte d’une double identité québécoise et espagnole, c’est d’abord sous la loupe des questions d’appartenance culturelle, de la mémoire et du patrimoine sous toutes ses coutures que ma pratique artistique prend forme. L’ambiguïté du temps et de l’espace peuple mon imaginaire et je suis sans cesse mue d’un désir d’actualiser l’ancien dans le présent, d’ancrer les traces de mes ancêtres dans ma propre vie, et de lutter contre le rythme rapide du capitalisme par la revalorisation de savoir-faire traditionnels. C’est également la même impulsion qui me pousse à utiliser l’art au service de la préservation du patrimoine bâti et immatériel gaspésiens et d’en faire une sorte d’activisme à la croisée des savoir-faire traditionnels, de la sauvegarde de la mémoire collective et de la reproduction poétique et picturale d’un sujet.

Ma démarche s’est d’abord orientée autour du collage analogique. Puis, mes explorations ont culminé vers les procédés photographiques alternatifs, avec pour médium de prédilection le cyanotype, un processus analogique par lequel un négatif est reproduit à l’aide d’une solution photosensible, et donnant un tirage bleu de Prusse. Le caractère imprévisible de ce médium et son produit spectral et fantomesque créé à coup sûr une oeuvre originale et unique. La dimension patrimoniale de cette pratique nourrit ma démarche, puisque les savoirs traditionnels portent un sens qui guide chacun de mes instincts artistiques. Depuis quelques mois, je m’intéresse à d’autres procédés photographiques alternatifs comme l’anthotype, un processus similaire au cyanotype mais dont l’émulsion est constituée de matériaux naturels comme des plantes, fleurs, arbres, épices, etc. Je m’intéresse également à la vannerie sauvage, m’étant d’abord initiée à la vannerie traditionnelle mi’gmaq avec des aînées de la communauté de Gesgapegiag.

En somme, ma démarche vise à mettre en valeur des caractéristiques peu explorées du milieu naturel (caractère photosensible, potentiel tisserand, encres et pigments) afin de créer des oeuvres qui médiatisent ce sentiment d’ambiguité par rapport à un monde effrené. J’aspire aujourd’hui à me professionnaliser dans mon art, d’acquérir de nouveaux savoir-faire afin de créer des projets structurants et porteurs dans ma communauté.

Thèmes privilégiés

Outre les questions de corporéité, de transmission culturelle et des transformations naturelles, je ressens un attachement puissant pour les questions de préservation du patrimoine bâti et architectural. Les bâtiments, au même sens que les archives, sont de précieuses traces du passé qui réengendrent constamment le flux identitaire entre le soi et le monde. Ils sont d’ultimes rappels à la conscience de la générativité de l’espèce et d’un rapport à l’environnement en mouvance. Ce lien fragile et ténu invite à penser le passé comme une présence ambiguë actualisée à soi par des symboles physiques collectifs. Car les bâtiments patrimoniaux ne sont pas que des traces d’anciens modes opératoires du monde, ou de fonctions désuètes ; ils engagent l’identité personnelle et l’attachent à une identité collective. Cette mémoire est une source d’inspiration qui m’est très chère, et à travers divers médiums, je souhaite représenter le patrimoine bâti tel qu’il m’apparaît : comme une expression complexe de l’identité collective, à protéger à tout prix.

Pour conclure, cette biographie ne serait pas complète sans mention de l’importance de la Gaspésie dans ma démarche. Ce terrain fertile est pour moi vecteur de sens dans toute son équivocité. La Baie-des-Chaleurs me connecte à une sensibilité, une sensualité, une signification, un symbole. Son soleil bleu et ses terres plus chaudes que l’Espagne m’offrent un endroit où me déposer et m’incarner dans les gestes milléniaux qui conduisent à la création.